Osez les collants Chair, c'est la tendance qui le dit! Dare nude tights, it's the trend that says it!


Non, le collant Chair n'est pas un fashion faux-pas!









Oui, j’assume! Le collant chair est un it-accessoire, de jour comme de soir. Rien de plus trendy et joli qu'une jambe nue, mais difficile de l'assurer avec une météo capricieuse. On parlera donc ici davantage d'un collant naturel ou transparent plutôt que chair.
De plus, lorsque l’on décrypte les tendances, on s’aperçoit vite que ce dernier est en train de réapparaître sur le devant de la scène Hype. Deux grands courants antinomiques progressent en parallèle et se le partagent. 



Romy Schneider


Meanredz





J’explique:

Avec la grande orientation Néo-Bourgeoise qui s’infiltre partout, autant sur les podiums que sur Instagram (avec Therese Hellström ou Nina Sandbech, par exemple), qu’au travers des magazines de déco, d’accessoires ou de voyages, les codes classiques chic refont surface, et la jambe galbée d'un voile naturel est de mise.  
Le transgénérationnel, la tradition, ça rassure. Dans l’imaginaire populaire, des figures médiatiques comme Iris Apfel rendent le phénomène encore plus cool. Le rythme des réseaux sociaux et de la fast fashion, ça mène tout droit à la bourgeoisie ! Parce que fondamentalement, être « bourgeois », c’est aussi savoir profiter du temps qui passe, trop vite. 




Pour le magazine Elle, Serge Carreira, spécialiste dans le domaine du luxe et maître de conférences à Sciences Po Paris, nuance de son côté que « la Bourgeoise, ça fait longtemps qu’elle n’adopte plus ces codes qu’on lui associe. Ce qui revient maintenant, c’est la Bourgeoise fantasmée, celle des années 20 – 40 qu’on aurait mixées et recombinées à l’énergie des années 70/80, avec un langage contemporain. C’est l’imaginaire qui prend le contre-pied du « trop cool ». Aujourd’hui, chaque femme est sa propre styliste, elle peut être sportswear un jour, excentrique l’autre, mais ici, on a un style rassurant, très exigeant derrière sa simplicité apparente. C’est sensuel, un chemisier en soie à lavallière, et indirectement, subtilement androgyne ».
















Céline vintage Vs Celine AH2019




À la base, il s’agit du style bourgeois des années 70 et 80, qui entraîne avec lui une note sexy, voire même un tantinet décadente.
















Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Bunuel





























Belle de jour de Luis Bunuel



César et Rosalie de Claude Sautet

Une femme très Saint Laurent, au temps béni d’Yves, une femme jet-set de chez Castel, ou bien tout droit sortie d’un film de Claude Chabrol, Sautet ou Bunuel; la bourgeoise dite de province ou l’aristo parisienne. Et cette femme-là, qui a porté les premiers Dim naturels dix ans plus tôt, continue d’en arborer le style. 



La femme infidèle de Claude Chabrol




Yves Saint Laurent et Pierre Berger




Meanredz x Givenchy




Hanes





Aux antipodes de ce style, celui du Mauvais goût -ou Bad Taste- qui persiste à avoir le vent en poupe. 


La coupe mulet de Miley Cyrus ou Kristen Stewart, les Buffalo, le bob en fausse fourrure de Bella Hadid, la vague des créateurs d’Europe de l’Est depuis l’avènement de Gosha Rubchinskiy, les socquettes couleur chair de Kendall Jenner,  l’éloge de la singularité, ou celle des imperfections assumées sont de mise: on joue avec les codes populaires et on prône ses défauts haut et fort. 
Le collant chair sera donc ici interprété comme une déclinaison Hype de la ménagère  ringarde-kitsch, mi Gucci, mi Goûtd’chiottes. 









Mais tout d'abord, commençons par le commencement

L’invention du collant

Le triomphe du collant n'est pas un des chevaux de Troie de l'invasion érotique, mais un hommage rendu par le confort à la féminité. Au temps du jerk et des fauteuils bas, des gambades et des mille et une positions de la vie moderne et laborieuse, au temps du «time is money», la femme dit oui à sa propre satisfaction. La défense de sa pudeur se conjugue avec la jouissance de sa liberté. Même si le collant se vend trois fois plus cher que le bas, il est extensible. Il épouse la jambe, lui donne une silhouette, une écriture. 












Ainsi conjugués, l'émancipation féminine, le fonctionnel et l'esthétique dansent un ballet bien réglé sous la houlette attendrie d'une industrie française qui - une fois n'est pas coutume - a joué ici un des premiers rôles (même si c’est Allan Gant, en 1959, aux Etats Unis, qui propose aux femmes les premiers collants, jusqu’alors destinés à la danse et au cinéma). Le responsable de cette révolution - rendue d'abord célèbre sous le nom de Mitoufle (des bas simplement raccordés à une culotte élastique) - est un paisible bonnetier du Nord de la France, Antoine Verley, PDG de la Bonneterie de Tergnier, venu au collant par le pullover et la chaussette. C'est lui qui fit un sous-vêtement de ce qui n'était encore qu'un survêtement, même aux Etats-Unis. Alors que ses premières tentatives avaient été infructueuses, en 1965, il affiche dans tout le métro parisien un mannequin en mini-jupe de chez Courrèges et, en quatre jours, M. Verley voit ses ventes de collants se multiplier par six. 


Mitoufle



Depuis, les exégètes de la mode contemporaine se demandent gravement qui, de la minijupe ou du collant, fit irruption le premier. Une seule certitude: le bonheur de l'un fait la fortune de l'autre. Et aussi le bénéfice des industries chimiques. Depuis 1938, année où un chimiste de Harvard, embauché par la firme américaine Du Pont de Nemours (aujourd’hui DuPont), inventa le Nylon (marque déposée), première fibre entièrement synthétique à base de charbon, d'air et d'eau, les bas sont restés l'un des grands débouchés de la chimie appliquée. En fibres et en fils continus de polyester, la production de Rhodiaceta (du groupe Rhône-Poulenc), qui fournit la matière première de 80% des collants français, s'est accrue de 50% depuis leur apparition. 




Cependant, Mitoufle, n’est pas resté le maître de cette culture de masse qu’est le collant. «La production de masse n'est pas notre affaire», dit, résigné, le propriétaire de la Bonneterie de Tergnier. Elle est, en revanche, celle de deux entreprises qui se sont adjugé près de 55% du marché français: Dim (Dimanche, originalement), créé par un vendeur de jus de fruits, Bernard Giberstein, et Colroy, l'entreprise «bas» du puissant groupe bonnetier troyen animé par Pierre Lévy. Ces deux grands ont continué avec le collant la bataille qu'ils se livraient déjà sur les bas. 

Dim

En octobre 1968, la télévision opère une révolution dont on ne mesure pas encore la portée : le premier spot publicitaire de mode. Réalisé par Just Jaeckin (six ans avant Emmanuelle), il met en scène un mannequin sautant, riant, dansant sur le générique de Dim Dam Dom et vantant les mérites des «Tels Quels» de Dim, ces collants vendus en grande surface, à tout petit prix. «Dim a accompagné ce changement culturel et nos collants sont devenus un symbole d’émancipation, explique ­Fabienne Mallat, directrice de la communication et de l’image de marque de la griffe. Le porte-jarretelles, perçu comme avilissant, ne convenait plus aux femmes, elles cherchaient une liberté de mouvement et, surtout, elles avaient envie de porter la minijupe.»

Les jambes s'étalent gaiement sur les écrans, les affiches, les pages glacées des magazines, et ce grâce à la mini-jupe, mais surtout à son inévitable corollaire: le collant. Une industrie est née de cette mode. 



C’est pourquoi le petit bout de tissu que constitue la mini-jupe, allie la force d’un symbole à la réussite esthétique et sociologique d’un vêtement. Phénomène de mode, la minijupe est aussi l’emblème d’un mouvement d’idées mondial. Et l’accessoire incontournable qui parachève le dispositif de libération des corps est le collant, et à cette époque, celui de couleur naturelle, soit chair.



Mariane faithful, Alain Delon et Mick jagger






De quoi déclencher l'ire de la fashion police?


Que nenni! La mode est à la jambe nue.


Pour l'Automne 2020


Ainsi, l’aspect désuet, voire « mémérisant » que peuvent véhiculer les collants ou les bas chair sera sans doute difficile à exorciser, mais si la Hype le veut, il le faudra! La tendance est à la jambe laissée au naturel.
En effet, on peut voir que les prédictions stylistiques de l’automne prochain (2020) disent en effet le contraire. La jambe « naturelle » apparaît de très nombreuses fois sur les catwalks. 

Rodarte, Prada, Moohong AH2020


Maison Margiela, Chloé, JW. Anderson AW220



Zadig & Voltaire, Marc Jacobs, Jacquemus AH 2020


Cela étant dit, le collant Chair a mauvaise presse parce que souvent mal choisi. Effectivement, nombreuses sont les enseignes à ne proposer qu’une teinte ou deux pour leurs produits. Hormis le beige ou le rosé, le choix est généralement très limité. C'est pour répondre aux attentes de ses clientes mais surtout pour refléter plus précisément les couleurs de peau des femmes du monde entier, que la marque anglaise Heist Studios a choisi de relancer l’iconique et pourtant détesté collant chair au printemps 2018. Si la tendance nude bat son plein, l’enseigne londonienne a relevé le challenge de remettre cet « effrayant accessoire » au goût du jour. Pour ce faire, Heist a lancé "The Nude Project »*, le challenge d’un collant chair adapté à chaque nuance de teint.








Savoir le choisir

Et comment l'arborer quand la météo ne s'y prête pas? Grâce à un collant naturel, discret et bien choisi. 





Exit les collants que l'on remarque au premier coup d'oeil. Il faut sortir des préjugés qui disent que le collant chair est ringard. Sa terminologie ("chair") le classe dans un registre démodé: Il s'agit plutôt d'un collant naturel.






Tout d’abord Il s’agit de se rapprocher le plus possible de sa carnation. Ainsi, on blackliste les façons BB crèmes, les teintés-bronzés qui se rapprochent de tout sauf d’une tonalité naturelle. Il faut choisir un ton au-dessus de sa carnation (tester la couleur sur le dos de sa main).




Wolford






Ensuite, on évite de manière catégorique les effets nacrés, brillants, irisés et autres opalines-effet-plastique-garanti qui grossissent inévitablement les jambes. Le collant doit être mat. La maille mousseuse est à bannir également (effet bas de contention assuré!). On vise l’effet seconde peau, qui galbent la jambe dans un voile discret. Un Voile de 15 deniers** maximum.


Un collant qui ne contient pas suffisamment d’Élasthanne ne va pas bien galber la jambe et va plisser au genou et à la cheville. Pour qu’il y ait un effet gainant, il faut qu’il y ait au minimum 20% d’Élasthanne. 


Hanes









En conclusion

Si vous voulez être à la pointe de la Hype, ayez un peu d’audace, montrez vos jambes au naturel, osez outrepasser les idées reçues sur le collant Chair. Arborez-le fièrement avec une jupe plissée, un costume bermuda, une robe midi… Pour ma part, je porte également des collants chair à plumetis ou des résilles chair. Souvent adoptés par les danseuses de cabaret, ces derniers sont pourtant très agréables en ville au quotidien et tiennent aussi chaud que des collants basiques. On peut les porter avec des bottes ou des chaussures plates dans un style vintage. 


Plumetis 




Comme le disait Oscar Wilde, « les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais », et c'en n'est même pas une, je vous le garantis!


Clémentine Gault




*: Afin de créer de nouvelles couleurs véritablement représentatives des femmes et de leur diversité, la marque a proposé à celles qui le souhaitaient de se prendre en photo pour en faire un avatar. A partir des données collectées, la marque a sorti une collection de collants chair disponibles dans vingt teintes.



**: Les deniers correspondent à la densité du tissage du collant, ou autrement dit, à l’épaisseur du textile. Plus le nombre de deniers est élevé, plus le collant sera opaque.

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